La caverne de la vision carrée et l’irresponsabilité pénale des personnes morales à Rome

Le CRDP, dans le cadre des Midis-conférences des jeunes chercheur.e.s, vous présente la conférence « La caverne de la vision carrée et l’irresponsabilité pénale des personnes morales à Rome » qui sera animée par Moussa Coulibaly.

 

Date : 15 janvier 2025

Heure : 12H – 13H

Lieu : En ligne (zoom)

 

Résumé

 Si dans un passé peu réjouissant pour les droits-de-l’hommistes, étaient en vogue des propos du genre « corporations have neither bodies to be punished, nor souls to be condemned; they therefore do as they like »5 (POYNDER, 1844, p. 268), le présent semble admettre que la personne morale, « elle tue, vole, ment, viole »( BRACH-THIEL & JACOBS, 2015, p. 7). Pour autant, le projet de lutte contre l’impunité tel qu’impulsé par le club des souverains semble incantatoire tant la répression des crimes attribuables aux personnes morales vacille au niveau interne et demeure à l’ordre de tentatives au plan international. En effet, de 

Nuremberg, en passant par Rome jusqu’ au projet d’article portant prévention et répression des crimes contre l’humanité de la Commission du Droit International, la question de la répression 

d’actes criminels attribuables aux personnes morales fut diversement accueillie et écartée par les souverains. 

Précisément à Rome tout militait en faveur d’un élargissement de la compétence personnelle de la future Cour pénale internationale aux personnes morales, jusqu’à la résurgence du « véto » de certaines délégations, d’après qui cela serait une entorse au principe de la nécessaire complémentarité entre la Cour et les juridictions nationales. 

On peut alors se demander si l’objection de la complémentarité ainsi brandie suffisait à écarter les personnes morales de la juridiction de la CPI. Quels en sont les tenants, fondements et limites ? comment le régime de responsabilité internationale de l’État pour fait internationalement illicite empêche-t-il la concrétisation de projets de conventionnalisation d’une responsabilité pénale des personnes morales de droit privé ? 

Si le statut de Rome a finalement été adopté sans une telle disposition, entre autres du fait de l’objection de complémentarité, il y’a que la politique criminelle des Nations relativement à la responsabilisation des personnes morales de droit privé vacille entre primitivisme, ambivalence et inconsistance. En l’occurrence, nous analyserons cet état tridimensionnel à l’aune de l’allégorie de la caverne socratique. Tel à l’étape embryonnaire des révolutions juridiques, la politique criminelle des Nations, l’ordre juridique international par extension, était hermétique à toute responsabilité pénale des entités abstraites malgré leurs implications dans les plus vieux crimes contre notre Humanité (1). Aussi l’échec des tentatives d’extension de la compétence des juridictions pénales internationales aux personnes morales de droit privé, la CPI en l’occurrence (3), en dépit du chantier déblayé par les systèmes précurseurs anglo-américains (2) en termes de répression de crimes attribuables aux personnes morales est éloquent.

 

Conférencier

Moussa Coulibaly

Auxiliaire de recherche en faculté de criminologie, Moussa Coulibaly est candidat au doctorat en droit (LLD) à l’Université de Montréal sous la direction des Professeurs Amisssi Melchiade Manirabona ( faculté de droit) et Alain-Guy Sipowo (école de criminologie). 

Son sujet de thèse porte sur la responsabilité pénale internationale des personnes morales de droit privé. Il interroge l’histoire de l’implication des personnes morales de droit privé dans la criminalité, se fonde sur les éparses tentatives de conventionnalisation de la responsabilité pénale des personnes morales de droit privé, et la continuelle consécrations de cette forme de responsabilité dans les droits nationaux, pour analyser l’éventualité d’une cristallisation de la coutume internationale en la matière, afin de proposer une modification de l’article 25 du statut de Rome en vue de son extension à ces géants de l’économie mondiale. 

Mr. Coulibaly est titulaire d’une maîtrise en droit public approfondi de l’Université Privée de Ouagadougou et d’un master 2 en droit international et européen à Aix-Marseille Université, où il a respectivement travaillé sur les thématiques : droit d’ingérence et souveraineté de l’État, et la victime devant la justice internationale pénale. Somme toute, ses travaux de recherche portent sur les systèmes internationaux et régionaux de protection des droits humains, le droit international de l’environnement, la justice internationale pénale, la politique et la pratique pénale des États. 

 

Organisation : Olouwafêmi Rodrigue OLOUDÉ

 

Ce contenu a été mis à jour le 23 janvier 2025 à 15 h 07 min.